« Accountability »

Samedi 13 septembre 2015, j’ai participé à la deuxième réunion du CRISS-Q, le Comité de réflexion intracommunautaire sur les safer spaces queers, que j’ai co-créé avec des camarades. Nous avons reçu la géniale Rachel Zellers, du Third eye collective. Elle nous a guidé dans notre projet, et nous a tout de suite parlé d’« accountability » et plus précisément de « community accountability ». On pourrait traduire cela selon moi (je me trompe peut-être) par « responsabilité » et « responsabilisation face à la communauté ». Bref, il s’agit de ce processus de reflexivité par rapport aux violences que chacun a pu commettre dans sa vie, car reconnaissons-le, nous avons tous eu à un moment ou un autre un comportement violent.

Cette discussion m’a tout de suite replongé dans les violences psychologiques et physiques que m’ont fait vivre des ex. Je me suis dit : « Ils n’ont jamais rien reconnu, ils ne se sont jamais excusés. Ont-t-ils au moins reconnu ces violences auprès de leur ami.es ? »

Et puis ensuite je me suis dit « Bah facile de voir la poutre dans les yeux de tes ex… et toi ? » Et moi, de quoi suis-je responsable ? Leur ai-je expliqué de quoi je suis responsable ? Ai-je expliqué à ma communauté de quoi j’étais responsable ? Pas toujours.

Il y a quelques mois, j’ai envoyé une lettre à un de ces ex. Voici un passage : « Depuis 3 ans et demi maintenant, je poursuis une psychanalyse, qui m’a permis de comprendre plein de choses, et ce n’est pas fini. […]. J’ai compris ma part de responsabilité dans notre histoire, ma part de violence, de frustration, de blessure narcissique et de désenchantement. J’ai compris à quel point [ma consommation et mes traumatismes passés] avaient fucké ma santé mentale et émotionnelle, mon estime de moi et celle que j’ai pour les autres ou pas. Je déconstruis ma structure psychique obsessionnelle pour tenter de cerner la jouissance que j’éprouvais dans des rapports sociaux violents, exacerbés par une culture française qui ne m’a pas vraiment aidé. J’ai aussi compris que ma « haine » envers toi était en fait une « haine » envers les autres, envers leur absence de médiation, leur absence de soutien communautaire, alors même que leurs discours prétendaient tout le contraire. »

Et les autres ? Il est temps de le faire.

À toutes les personnes que j’ai insultées, provoquées avec mon humour noir de poivrot complétement déplacé, avec mes opinions péremptoires, avec ma condescendance de privilégié… Je vous présente mes excuses.

Oui c’était violent, oui c’était inapproprié, oui ça n’était pas drôle, oui c’était stupide et méchant. Que ce soit conscient ou pas, on s’en fout, le résultat était le même : je vous ai blessées.

Je vous demande donc de continuer à me le dire lorsque je vous offense, que je vous oppresse par des paroles et des comportements. Je vous demande de continuer à me faire grandir et à m’améliorer. Merci d’avoir su me remettre à ma place et de m’avoir fait devenir un adulte. Je vous aime.

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