Sur le mariage homosexuel et l’homoparentalité…

[14 janvier 2010]

« Tout ce qui est en logique et/ou en théorie possible peut devenir, par l’expression des idées ou l’initiative des actes, pensable par la collectivité avant d’être émotionnellement concevable, puis légalement réalisable. S’il existe des normes traditionnelles, il n’existe pas de normes naturelles au sens où, dictées par un impératif absolu (ici biologique), elles excluraient d’emblée toute autre possibilité logique : c’est ce que l’on prétend du mariage ; il serait une norme naturelle. A l’origine, il est tout autre chose : la concrétisation d’un accord d’échange et de paix régi par des lois entre deux groupes humains. D’autres possibilités d’unions pour fonder la paix ont été envisagées : échange d’enfants entre familles, otages… L’union homosexuelle en fait partie, même si elle a été évincée en raison de sa non-rentabilité en descendance qui raccourcissait le temps assuré à la paix. D’un point de vue anthropologique, le mariage homosexuel n’est donc ni une rupture, ni l’affranchissement individuel de normes pensées comme naturelles, ni un contresens par rapport aux exigences fondamentales de la société : la cohabitation paisible et fructueuse avec les autres. Ce serait plutôt la concrétisation sous des formes plus radicales de possibilités déjà explorées qui n’ont pu aller jusqu’à la législation. C’est donc seulement en apparence une nouveauté, bien qu’aucune société n’ait reconnu les unions masculines comme des unions stables et que seules certaines aient reconnu des unions féminines. Il semble que cette évolution nous amène aussi à la reconnaissance légale de l’homoparentalité. Dans un couple homosexuel, l’un des membres peut être mère ou père biologique et l’autre obtenir le droit à une adoption simple : on arrive alors par des contorsions du droit à trouver des solutions. Restent exclus de tout droit les couples homosexuels dont aucun n’a pu procréer. Il serait plus sage et moins injuste de donner à tous les couples les mêmes droits en matière de parentalité, en explicitant les divers moyens autorisés pour avoir des enfants. S’agissant de l’engendrement, même si le droit français s’oriente de plus en plus vers une définition biologique de la filiation, celle-ci est d’abord et avant tout l’expression d’une reconnaissance sociale. Et la parentalité, si elle n’est pas liée à la filiation biologiquement fondée, l’est à la volonté, critère auquel il faudrait donner toute sa place. Nous ne devons pas avoir peur de l’innovation sociale, expression du génie humain. Ces reconfigurations plus généreuses que les anciennes sauront s’accommoder de nos problèmes de modèle parental et même de notre inconscient. » – Françoise Héritier. (2009). Une pensée en mouvement. Paris : Odile Jacob, p.170, 171.

Voilà, tout est dit ! Le reste – la pensée conservatrice essentialiste et naturaliste de nos gouvernants – n’est que foutaise… 

(Françoise Héritier est professeure honoraire au Collège de France et à l’Ecole des hautes pratiques en sciences sociales.)

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