La perception du risque

[20 juin 2010]

Je relisais hier dans le train cet article vieux de déjà 10 ans :

Setbon, Michel. (2000). « La normalisation paradoxale du sida ». In Revue française de sociologie, Vol. 41, No. 1, Sida et action publique (Jan. – Mar. 2000), pp. 61-78, Éditions OPHRYS et Association Revue Française de Sociologie.

Morceaux choisis :

« La perception du risque recouvre des attitudes, des croyances, des sentiments et des jugements qui sont propres à un risque donné. Elle peut être individuelle ou sociale. Longtemps opposée à l’approche scientifique ou objective, la perception du risque est de plus en plus reconnue comme une forme concurrente d’évaluation des menaces auxquelles sont confrontées nos sociétés (Kahneman et al., 1982). Elle se distingue de l’analyse objective en ceci que les individus évaluent les dangers auxquels ils sont, ou se croient, exposés a travers leurs préférences, leurs valeurs, leurs modes de vie et leurs systèmes cognitifs (Short, 1984). Autrement dit, elle relève d’une rationalité individuelle qui mélange subjectivité et objectivité (Abenhaim, 1999). Pour certains auteurs, l’opposition avec la rationalité scientifique est bien moindre que ne le laisserait paraitre une telle définition (15). Pour au moins deux raisons majeures : l’une relève de la place importante que tient l’incertitude dans l’analyse scientifique du risque qui oblige à privilégier certaines hypothèses et ne peut que très rarement se départir de jugements de valeur, de biais (Jungermann, 1986) ou de subjectivité (Lathrop et Linnerooth, 1983) ; l’autre tient dans le constat que toute évaluation de risque identifié (objectivante ou subjective) débouche sur une décision ou la justifie : décision soit d’agir pour en réduire la probabilité, soit de ne pas agir car ses conséquences sont jugées faiblement dommageables ou trop rares, ou encore sa prévention estimée trop coûteuse. » (p.72,73)

Ce que les tradipréventionnistes et les aprésophobes se refusent à voir et à prendre en compte !

« Si le sida menace chacun alors que l’incertitude domine, le choix des réponses fait appel à des valeurs et à des préférences opposées : coercition versus responsabilisation, stigmatisation versus compassion, soutien versus isolement, etc. » (p.74)

Cette citation illustre parfaitement bien les choix idéologiques opposés de certaines associations de lutte contre le sida.

« Tout d’abord la normalisation, entendue comme décrue de la mobilisation et de la peur, débute dans la plupart des pays démocratiques développés une fois les réponses mises en œuvre. Plus vite celles-ci l’auront été, après les avoir rendues politiquement et techniquement acceptables, plus le processus de normalisation débutera précocement : c’est le cas de pays comme les Pays-Bas, la Suède, l’Allemagne, la Grande-Bretagne. » (p.74)

En France, on a pris un sacré retard !

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