Act Up 2007-2012 : chronologie d’une régression intellectuelle

Précision importante : CE TEXTE N’ENGAGE QUE MOI, il a été écrit en décembre 2012 sur un coup de colère, et je le dédicace à Mat qui se reconnaîtra…

Act Up-Paris a toujours eu une phobie de la prévention biomédicale. Et même quand ses peurs plus ou moins rationnelles sont infirmées par l’accumulation des données scientifiques, Act Up s’obstine…

On savait Act Up très moraliste. On connaissait ses prédispositions psychorigides. On observait ses méthodes intimidantes. On rigolait de son obsession du sexe sans latex. On s’affligeait de son inculture et de son irrévérence aux principes de Denver. On combattait sa récusation de la RDR. Mais aujourd’hui, au vu de son aveuglement idéologique et de la teneur sérophobe des propos de certain.e.s membres lors de l’assemblée générale sur la Prophylaxie Pré-Exposition (PrEP) qu’elle a organisée le 14 juin 2012 : on est triste [1]. En tout cas avec elle, les pédés pourront toujours attendre une amélioration de leur prévention et de leur capacité d’agir !

Retour sur 5 années de dérive regrettable :

Automne 2007 – Dès les fracassantes déclarations du Pr Bernard Hirschel sur la non contagiosité par voie sexuelle des personnes vivant avec le VIH ayant une charge virale indétectable depuis au moins 6 mois et pas d’autres IST, Act Up-Paris réagit avec un scepticisme digne de l’Inquisition. Il faut dire qu’à l’époque, on considère encore dans cette association que « les approches [en sante gaie] ne reposent sur rien d’autre qu’une volonté de légitimer le sexe non protégé » [2] ; et l’on taxe de révisionnistes du sida toux ceux qui ont le malheur de questionner le(ur) dogme du tout capote.

Septembre 2008 – Après les nuances et le recadrage apportés lors de la Conférence de Mexico par le professeur suisse, Act Up, adepte des propos mesurés, déclare sans honte que « Suite à ces propos, nous persistons et nous signons : Bernard Hirschel est peut-être un bon médecin hospitalier, mais il n’est pas chercheur… » [3]. Oubliant d’ailleurs au passage que chez Act Up, il n’y a ni chercheur ni médecin, l’association continue à faire la sourde oreille sur l’intérêt du traitement antirétroviral comme outil de prévention (TasP).

Avril 2009 – Suite à l’Avis du Conseil national du sida sur l’intérêt du traitement en matière de prévention, Act Up-Paris cultive toujours sa mauvaise fois puisqu’elle nous exhorte à ne pas oublier « que ce risque est pour autrui et qu’il reste encore impossible de l’écarter sans préservatif, même avec une charge virale indétectable » [4]. Et d’enfoncer le clou avec une campagne qui aura la palme de l’objectivité dans l’histoire de l’association : « avoir une charge virale indétectable dans le sang ne veut pas dire pouvoir se passer de préservatif » / « seule la capote protège du sida, le reste c’est de la science fiction » [5]. Magique !

 

Juillet 2010 – Après les « résultats encourageants » d’iPrEx, et malgré le consensus scientifique international à propos de la validité et de l’efficience du TasP lors de la Conférence de Vienne, Act Up maintient sa rectitude préventive : « le préservatif, simple, peu coûteux et disponible reste le seul moyen sûr de se protéger contre le VIH » [6]. Car Act Up est une association rigoureuse, qui ne jure que par les recherches randomisées. Elle attend donc avec sérieux les résultats de l’étude HTPN 052, prévus pour 2015. Soit.

Juillet 2011 – Surprise ! Les résultats – si probants – d’HTPN 052 sont rendus publics plus tôt que prévu. Le TasP ça marche ! La prévention biomédicale va peut-être réussir là où le préservatif a échoué. Même Didier Lestrade en convient : son « rectum n’est plus une tombe » ! [7]. Aie, aie, aie ! Que va donc devenir la commission prévention d’Act Up si elle n’a plus d’ennemi et plus de gourou ? Après un silence radio de quelques mois, on l’espérait morte… Le miracle n’aura pas lieu.

Avril 2012 – Saison du changement politique tant attendu en France ! Act Up elle, ne change pas : toujours prête à diviser pour… mieux régner ? Ben non, diviser pour rien… Et quand on a plus d’ennemi, on revient sordidement s’en prendre à son ennemi historique, l’immonde prosélyte de la réduction des risques sexuels : AIDES. Et comme un bon harceleur, on proclame à sa victime que « Contre le sida et toutes les IST, l’information, le dépistage, les gants, la capote et un bon lubrifiant restent nos seulEs amiEs » [8]. On se demande d’ailleurs où était Act Up en 2005 quand Warning promouvait le dépistage rapide en France ? On se demande ce que fait Act Up de constructif et objectif en matière de prévention alors que Warning promeut les autotests depuis 2008 et AIDES a mis en place les TROD ? Ah oui, c’est vrai, elle a créé un site web spécial prévention que personne ne regarde. Elle s’est aussi dotée d’une vice-présidence à la prévention. Elle fait aussi partie du comité associatif d’Ipergay le jour, et des cassandres d’Ipergay la nuit à l’aide de ses coutumières attaques personnelles : « Truvada : méfions-nous des publicités mensongères » [9]. Pourtant, elle reste dans le comité associatif d’Ipergay, maniant un double discours à n’y rien comprendre : non au TasP pour les couples sérodifférents, oui à la PrEP pour les séronegs. Car Act Up, qui a reçu en 2011 40 000 € de Gilead (fabriquant du Truvada), n’a pas de conflit d’intérêt elle ! [10]

Juillet 2012 – Tout s’accélère : l’homologation par la FDA du Truvada en PrEP continue – considérée comme hautement efficace pour réduire les risques des personnes séronégatives exposées à un haut risque VIH, prend de court tout le monde. Act Up ne lâche rien « car la précipitation mal informée, en matière de prévention, se compte en contaminations » [11] ; et fait au passage de la désinformation en ne sélectionnant que les chiffres qui collent à sa phobie. En tout cas, avec un tel changement de contexte, le Comité Scientifique d’Ipergay demande au comité associatif (17 membres) de donner son avis sur la continuité de l’essai, en phase expérimentale jusqu’en 2013.

Octobre 2012 – Le comité associatif rend son avis au travers d’une motion majoritaire : le bras placebo doit disparaitre d’Ipergay sauf si la PrEP en continu devient accessible en France, car sinon, il s’agirait là d’une perte de chance inacceptable pour certains participants à l’étude [12]. En effet, comme l’on sait désormais que lorsqu’il y a du Truvada dans l’organisme un peu avant et un peu après un rapport sexuel, cela réduit de manière très conséquente le risque d’infection par le VIH… Il n’est plus éthique qu’une petite centaine de participants court le risque de devenir séropositive au sein d’un bras placebo [13]. Act Up, minoritaire contre la communauté qu’elle ne voudrait pas, s’accroche et veut maintenir malgré tout un bras placebo pour les pédés participants à Ipergay [14], au prétexte que la peur d’être sous placebo garantirait une non désinhibition des comportements sécuritaires. Pourtant, même si l’on a jamais observé de désinhibition des comportements lors des recherches sur le TasP ou le Traitement Post-Exposition (TPE), Act Up y croit, comme elle croyait que le TasP allait provoquer un abandon massif du préso par les gais, ce qui n’est jamais arrivé. L’époque où « placebo contre ténofovir » les faisait « vomir » est donc bien révolue [15]. Après les principes de Denver, à la poubelle la déclaration d’Helsinki ! Et Act Up, qui préconise le consensus seulement quand elle en est à l’origine, quitta le comité associatif d’Ipergay [16].

Vous l’aurez compris, Act Up-Paris a irrémédiablement perdu toute crédibilité en matière de prévention du VIH, l’irrationalité dogmatique et les contradictions scientifiques l’ayant définitivement emporté sur l’empowerment des séroconcernés, qui ne sont plus du tout pensés comme des réformateurs sociaux.

———–

Notes :

[1] http://www.actupparis.org/spip.php?article4962

[2] http://www.actupparis.org/spip.php?article2406

[3] http://www.actupparis.org/spip.php?article3527 et ma réponse pour Warning : www.thewarning.info/spip.php?article177

[4] http://www.actupparis.org/spip.php?article3694 et l’avis du CNS : http://www.cns.sante.fr/spip.php?article294

[5] http://www.actupparis.org/spip.php?article3748

[6] http://www.actupparis.org/spip.php?article4321

[7] http://www.minorites.org/index.php/2-la-revue/1231-sida-meta-analyse-chez-les-gays.html

[8] http://www.actupparis.org/spip.php?article4806

[9] http://www.actupparis.org/spip.php?article4834

[10] http://modalisa7.com/hasaides2011/rapp?type=tdb&nom=Entreprise&nomsp=Entreprise%20=%20GILEAD%20SCIENCES

[11] http://www.actupparis.org/spip.php?article4882

[12] http://www.thewarning.info/spip.php?article365

[13] Repris d’un commentaire en bas de cet article : http://www.thewarning.info/spip.php?article361

[14] http://yagg.com/2012/10/02/ipergay-stop-ou-encore

[15] http://www.actupparis.org/spip.php?article2169

[16] http://www.actupparis.org/spip.php?article4978

Publicités