1er décembre 2011, Journée mondiale de lutte contre le Sida : Ce qu’il reste à faire au Québec…

[Pour le magazine Fugues en ligne, 1er décembre 2011 : http://www.fugues.com/main.cfm?l=fr&p=100_article&Article_ID=19694&rubrique_ID=164]

Compte tenu des diverses formes de discriminations, marginalisations et de violences dont sont encore sujettes les personnes vivant avec le VIH-Sida (PVVIH) dans la société en général, dans différentes institutions et à l’intérieur même de mouvements sociaux revendiquant une plus grande justice sociale globale, il reste beaucoup de travail à faire pour mettre fin à la sérophobie, améliorer les conditions de vie et le quotidien des PVVIH, et réformer le système québécois de prévention, de dépistage, de soins et d’accès aux soins, qui n’a toujours pas su pleinement s’adapter aux évolutions biomédicales, sociales et culturelles contemporaines.

Car il conviendrait d’adhérer, de promouvoir et de défendre précisément les principes, chartes et manifestes internationaux existants qui concernent le VIH-Sida et la vie, la santé et l’accès aux soins des PVVIH : Principes de Denver [1], Chartes d’Ottawa [2] et de Bangkok [3], Manifeste de Mexico [4] et surtout, les Principes GIPA pour « une participation accrue des PVVIH » [5].

Ainsi, il faudrait défendre plus que jamais une approche globale de santé s’appuyant sur la définition de l’Organisation Mondiale de la Santé (1946) : « La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité ». De ce fait, toute politique de soins, d’accès aux soins, de dépistage et de prévention, devrait s’appuyer sur une démarche holistique, universelle et gratuite. Les besoins de santé spécifiques aux personnes gaie, bi, lesbienne et/ou trans devraient être réellement pris en compte et promus.

Il faudrait défendre une gratuité totale des traitements antirétroviraux (ARV) et un libre choix du type de traitement désiré, en accord avec les connaissances du médecin-traitant et les besoins de son patient. Autrement dit, il faudrait supprimer la franchise mensuelle obligatoire pour les PVVIH ayant besoin d’un traitement ARV, et le contrôle des autorités sanitaires sur la prescription, contrôle qui s’articule aussi sur des considérations financières, et non pas sur le seul bien-être de la PVVIH traitée en termes d’efficacité et d’effets indésirables.

Il faudrait défendre une prévention combinée qui cumule, promeut, informe et démocratise l’accès à l’ensemble des moyens de prévention et de réduction des risques existants (ou dès qu’ils seront validés) : préservatif, traitement (TasP), prophylaxie post-exposition (PPE), séroadaptation, sérochoix, sécurité négociée, prophylaxie pré-exposition (PPrE), gels microbicides…

Il conviendrait donc de mettre enfin en place un accès systématique, gratuit et infini à des condoms et du lubrifiants dans tous les lieux de sexualité récréative (saunas, sex-clubs, clubs échangistes), quelque soit l’orientation sexuelle des client-e-s. De ce point de vue, les établissements commerciaux doivent faire leur juste part pour protéger la santé de leur client-e-s.

Il devient impératif d’améliorer rapidement l’offre de dépistage. Trop de PVVIH s’ignorent et le nombre de transmission par séro-ignorance est considérable ! Les tests de dépistage rapide du VIH, de dépistage des autres ITSS devraient être généralisés à partir d’un accès anonyme et gratuit, sans councelling obligatoire. Des autotests sanguins validés de dépistage du VIH devraient être disponibles en vente libre dans toutes les pharmacies, et accompagnés d’une information sur la prise en charge en cas de résultat positif.

Il faudrait enfin intégrer des PVVIH aux structures institutionnelles de décisions des politiques sanitaires vis-à-vis du VIH-Sida. Le monopole décisionnaire des seuls experts médicaux conduit à une ultra-médicalisation et une pathologisation perpétuelle des populations séro-concernées. La prévention et les sexualités sont plus que des groupes statistiques traités avec des méthodes comportementalistes qui ont largement montrées leurs limites depuis la normalisation paradoxale du Sida des années 2000 ! Il faudrait créer un Conseil Québécois du Sida représentant les PVVIH de toutes origines, sexes, genres, âges, orientations sexuelles et statuts socioéconomiques, et dont le mandat ne soit pas simplement consultatif.

Il faudrait réfuter le principe de précaution justifiant l’exclusion des hommes gais et bisexuels du don de sang : il n’existe pas de groupes à risques, seulement des pratiques à risques. Cette disposition, en plus d’être discriminatoire et scientifiquement contestable, renforce l’homophobie et la sérophobie.

Il faudrait soutenir la création des sites d’injection de drogue supervisée, dont les nombreux exemples à travers le Monde ont prouvé leur efficacité (chute des transmissions VIH/VHC, chute de la mortalité due à des overdoses, chute de la criminalité, augmentation des demandes de cures de désintoxications).

Il faudrait interdire la marchandisation des PVVIH au travers des publicités des laboratoires pharmaceutiques pour les traitements ARV qui inondent et polluent les lieux de sociabilité LGBT.

Il faudrait réformer la situation scandaleuse d’accès à la prévention et aux soins dans les prisons provinciales et fédérales. Cela doit changer immédiatement !

Il faudrait abroger immédiatement les lois criminelles pénalisant spécifiquement l’exposition et la transmission sexuelles du VIH-Sida, qui sont non seulement contre-productives en matière de santé publique (frein au dépistage, au dévoilement, à la négociation de pratiques sexuelles à moindres risques, et donc à l’accès aux soins), mais aussi un grave précédent en matière de secret médical et de droits de la personne.

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Notes :

[1] http://cocqsida.com/assets/files/1.qui-sommes-nous/principes-de-denver1985.pdf

[2] http://www.aspq.org/documents/file/charte-d-ottawa.pdf

[3] http://www.who.int/healthpromotion/conferences/6gchp/BCHP_fr.pdf

[4] http://www.lhive.ch/73901/index.html

[5] http://cocqsida.com/assets/files/1.qui-sommes-nous/PrincipesGIPA.pdf

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