Vienne : Une vie gaie impériale

[Pour le magazine Être vol.15 n°8, décembre 2010 : http://www.guidegaiduquebec.com/Magazine/Magazine_ETRE/2010/vol_15_no_8.pdf]

Avec 13 restaurants, 19 bars, deux clubs, six sex-clubs et quatre saunas s’affichant LGBT, la capitale autrichienne et ses quelque deux millions d’habitants n’ont rien à envier au Montréal gai. Dotée elle aussi d’un Village situé au sud de son centre historique, Vienne offre une vie gaie diversifiée, à tel point que mixité des genres, des âges et des styles sont la plupart du temps de mise.

Vienne est définitivement une ville où mixité et détente veulent dire quelque chose. On peut encore y fumer partout et les habitants, plutôt progressistes dans une Autriche largement conservatrice, aiment à rencontrer et bavarder avec les touristes étrangers. Différence notable par rapport à notre Village : on voit rarement l’intérieur des bars gais depuis la rue, vitres opaques et épaisses portes masquant ce qui nous y attend. Si vous vous rendez dans la capitale autrichienne, vous ne manquerez pas le Mango Bar, central, toujours achalandé (même en semaine) et dont la programmation musicale, plutôt top 40, électrise la clientèle. Plutôt jeunes, la diversité des client- e-s augmente à mesure que les autres bars ferment : ouvert jusqu’aux alentours de 3h30, le Mango Bar est un point de rendez-vous pour les noctambules.

Le Kunsthallencafé après une expo ? 

Tout aussi connu et fréquenté, le Village Bar, dans la rue parallèle, offre cependant une musique plus dance qui ne donnera pas entière satisfaction aux amoureux de rock ou de pop. Cependant, la bière y est légèrement moins chère. À Vienne, il faut compter environ trois euros (environ quatre dollars, pourboire inclus) pour une pinte.  En face, le Goldener Spiegel attirera les amateurs de billard… et de travailleurs du sexe turcs, qui ne manqueront pas d’attirer leur attention.

Pas loin de là, le célèbre Café Savoy, au décor Art Nouveau, détient le record mondial des plus grands miroirs d’un seul tenant jamais conçus. Il possède surtout une terrasse bien appréciable l’été, quand la canicule fait rage. Plutôt hétéro dans la journée, le Café Savoy attire les gais avec la tombée du jour.

Pour les amateurs d’art et de café branchés, Kunsthallencafé, sur la Karlsplatz, s’adosse à la galerie d’art moderne du même nom – l’artiste gai américain Keith Haring y était par exemple à l’honneur ces derniers mois. On peut aussi y manger, tout comme au Halle Café, qui se trouve en plein milieu de la place centrale du Museum Quartier, où de nombreux jeunes Viennois aiment à se retrouver autour d’une bière en se prélassant sur les fauteuils-lits géants en latex qui sont disposés un peu partout.

Une institution : le Alte Lampe

Pour les amateurs d’Histoire, le Alte Lampe est incontournable : il s’agit du plus vieux bar gai de Vienne, fréquenté majoritairement par des bears.

Nos amis queers préfèreront le Marea Alta – non indiqué sur la carte gaie – mais dont tout le monde connaît l’existence, les concerts et autres fêtes électro qu’il organise attirant foule durant les fins de semaine.

Si vous voulez danser justement, la discothèque la plus connue est le Why Not. Située sur deux étages et composée de trois pièces, elle rassemble toute la diversité LGBT viennoise, mais sur une musique euro-dance un peu décevante quand on connaît la qualité de la production électro-house locale.

Ceux qui cherchent des sensations fortes iront au Sling, un petit sex-club sur deux étages (bars en haut ; labyrinthe, cabines et darkroom en bas). L’accueil n’y est pas forcément des plus cordiaux, mais c’est une

institution de la drague. Si vous avez besoin d’espace, préférez le Hardon ou le Club-Losh.

Le Kaiserbründl et le scandale impérial

Enfin, s’il y a une chose à ne pas manquer à Vienne lorsqu’on est gai, c’est le Kaiserbründl. Ce très ancien sauna accueillait sous l’Empire austro-hongrois le Central Bad (le bains centraux). La présence de thermes à Budapest, la deuxième ville de l’Empire, avait donné l’idée à la noblesse viennoise d’en construire aussi chez elle. Il s’est avéré être finalement le lieu d’un des scandales les plus connus ayant touché la cour impériale: le jeune frère de l’empereur, notoirement homo, y aurait été publiquement giflé par un homme auquel il aurait fait des avances.

La décoration mudéjar de ce sauna est magnifique. La piscine d’eau fraiche qui jouxte le hammam, la salle de repos et de danse proche du bar, ainsi que la multitude des cabines offrent tout ce que l’art arabo andalou nous a légué : azulejos, colonnettes surplombées de multiples stalactites en stucs, encadrement de portes en bois finement sculptés, marqueterie, etc.

Ici, ce n’est pas du faux, comme ce qu’on peut voir par exemple dans certains ailleurs en Europe, mais bien de vrais œuvres. Des artisans ont conçu les décors au fil du temps. Ajoutez à cela un accueil sympathique,

une propreté et un confort remarquables, une musique de qualité mixée par un DJ, des ajouts architecturaux néoromans et néobaroques et des narguilés à la disposition de tous!

Vous n’aurez qu’à montrer votre numéro de badge au barman pour acheter à un prix raisonnable boissons, viennoiseries ou cigarettes, et payer en partant grâce à un ingénieux système informatique centralisé. La crème des saunas. Seul bémol pour les jeunes : à Vienne, ces derniers se retrouvent plutôt au Sport Sauna, tout à fait correct, mais sans cachet.

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