« Aprésophobie » et « Présotriage »

[9 juin 2010]

Un forum qui a fait polémique dernièrement sur Seronet m’a incité à de nouvelles réflexions. A la lecture de certains commentaires, il m’est venu à l’idée 2 nouveaux concepts : l’aprésophobie et le présotriage. Explications.

L’aprésophobie peut se définir comme la peur des rapports sexuels sans préservatifs et/ou de ceux qui pratiquent parfois, souvent ou systématiquement une sexualité sans latex (communément appelés barebackers). Ce choix sémantique s’est construit simplement : « préso » pour préservatif, précédé du préfixe privatif « a », et suivi de « phobie » qui signifie « un ensemble de souffrances psychiques qui se présentent de manière différente chez l’enfant où elles sont souvent sans conséquence, ou chez l’adolescent et l’adulte. Lorsqu’elles prennent valeur de symptômes, elles doivent être appréciées comme un signe d’une souffrance psychique ».

Elle s’illustre d’abord par la réduction de tous les rapports sexuels sans capote à des rapports dits « non-protégés » ou « à risque ». Or on le sait, selon les statuts sérologiques – connus ou supposés – des partenaires, et selon le niveau de la charge virale d’un partenaire séropositif, un rapport sans préservatif ne présente pas les mêmes risques de transmission primaire du VIH (d’un risque nul à un risque élevé). Mais par définition, une phobie n’est pas rationnelle, donc la personne phobique ne rationnalise pas son environnement en fonction de ces données biomédicales et épidémiologiques objectives.

Elle s’articule ensuite autour d’un discours pathologiste enfermé dans la subjectivité de la personne phobique, qui à nouveau ne rationnalise pas, mais cette fois-ci des données sociologiques objectives. Par exemple, « les homosexuels sont anormaux » pour les homophobes, « les arabes sont des voleurs » pour les racistes, ou même « les juifs aiment l’argent » pour les antisémites. Ce commentaire de séronaute illustre parfaitement bien ces représentations aprésophobes : « Je vois qu’on vient enfin aux faits, tels qu’ils sont dans la réalité, 1. les barebackers ne pratiquent pas le « sérochoix » ; 2. la majorité d’entre eux sont tellement dépressifs qu’ils sont obligés d’être totalement défoncés pour baiser ; 3. le sexe hard (fist etc..) plus drogue, est souvent l’apanage de « gays » un peu pathétiques en grande souffrance psychologique ». Ces représentations se construisent autour du déni malgré des recherches comportementalistes qui indiquent clairement une pratique répandue et consistante de sérochoix parmi les gais ; une image fantasmée de la toxicomanie et de l’usage récréatif des produits psychoactifs ; et la caricature de l’ensemble des pratiquants d’une sous-culture sexuelle gaie ancienne et bien implantée : le cuir. La pathologisation des comportements qu’on réprouve ou dont on a peur est une tactique classique des idéologies totalitaires pour décrédibiliser les penseurs adverses et justifier la stigmatisation/discrimination de leurs adeptes. Elle permet à la personne phobique de justifier le déni de sa phobie en projetant sa pathologie mentale sur le sujet qui la dégoûte et qu’elle ne comprend pas.

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