XVIe Conférence Internationale sur le Sida : t’es « cut » ou « uncut » ?

Pour l’association Warning, 28 septembre 2006 : http://www.thewarning.info/spip.php?article193]

XVIe Conférence Internationale sur le Sida : t’es « cut » ou « uncut » ?

La circoncision comme nouvel outil de lutte contre le VIH/Sida : où en est-on ?

Si les études sur la circoncision tendent à prouver une efficacité certaine de cette dernière à réduire les risques de transmission du VIH, les recherches en matière de microbicides ne sont pas encore terminées. Voir notre article « Pour des nouveaux outils de prévention adaptés aux femmes mais aussi aux hommes ».

Pour ce qui est de la circoncision, on nage parfois en plein délire. Mais en tout cas les débats à se sujet étaient plus constructifs (même s’ils étaient presque absents dans les réunions consacrées aux gais) que lors de la dernière Convention Sidaction à Paris (où personne ne s’écoutait, campé sur ses positions dogmatiques). Loin de nous l’idée de s’opposer de fait à la circoncision comme moyen de prévention. Mais délire quand même, car à en croire certains intervenants, il s’agirait d’une solution miracle, alors qu’il ne s’agit que d’un outil supplémentaire pour réduire les risques ! Délire aussi parce que cette discussion se déroule en dehors de tout cadre éthique, en dehors de tout relativisme culturel et en dehors de toute critique post-coloniale.

Si la circoncision est en effet avant toute chose, et anthropologiquement, une pratique prophylactique, il n’empêche qu’elle s’est historiquement constituée en un marqueur identitaire, culturel et religieux. On ne peut donc pas ignorer cette variable en assénant des arguments ethnocentriques du genre : « oui, mais regarde les Américains du nord, ils sont presque tous circoncis ! » On peut d’ailleurs aussi se demander quelle type de circoncision est la plus efficace (la méthode américaine est par exemple différente de l’européenne ou de la japonaise [1]).

D’autre part, il s’agit encore une fois d’une recommandation de dirigeants et chercheurs occidentaux, en direction de l’Afrique subsaharienne. Va-t-on financer des campagnes de circoncision systématique et à grande échelle dirigées par l’OMS sans explication et prise en compte des facteurs culturels ? Ou va-t-on initier un travail d’information et de réduction des risques par la circoncision envers les populations les plus sensibles et qui en feront une demande individualisée ?

Il est vrai que le taux de prévalence du VIH dans certains pays africains conduit à penser que tout nouvel outil en prévention est, pour des raisons d’urgence sanitaire, à développer le plus vite possible ; mais dans ce cas, pourquoi ne propose-t-on pas une circoncision systématique aux gais d’Europe occidentale parmi lesquels la prévalence est aussi très importante ?

Il convient d’être très prudent sur les implications de la circoncision comme moyen de réduction des risques. Car comme le soulignait Gary Dowsett, ce n’est pas parce que les trompes de Fallope sont (tout comme le prépuce) un lieu de haute sensibilité à la transmission du VIH que l’on propose des campagnes d’hystérectomie. Certes la comparaison est un peu inappropriée car les conséquences de ces deux actes ne sont pas tout à fait les mêmes, mais elle retient tout de même un certain bon sens à mon avis.

[1] Le prépuce n’étant pas coupé au même endroit, il reste un nombre plus ou moins important de cellules de Langerhans porteuses de récepteurs du VIH